Le Kiwi, Part 2
La suite de notre collaboration à quatre mains. En espérant vous tenir en haleine avec cette histoire… avec toujours la touche en plus, le bonus d’HajaTiana pour les dessins.
Je ne sais pas si c’est cette cure de vitamines néozélandaises qui m’avait remis d’aplomb, mais je me sentais une forme de conquérant, et l’ennui et la déprime des jours passés avait cédé sa place à une irréfrénable envie de découverte. De découverte et de cueillette. Mais je devrais mener à bien ma quête sans me laisser piéger par l’appât de la couleur, je devrais chercher le kiwi, camouflé dans sa peau velue, éviter les fraises sans saveur, les oranges trop acides, les abricots pas encore mûrs.
J’étais donc sorti avec des potes ce weekend. Ils étaient bien décidés à s’amuser, comme chaque fois qu’ils étaient de sortie ; mais j’avais un objectif différent, je me sentais comme investi d’une sorte de mission. Si je m’étais arrêté pour y réfléchir quelques instants, j’aurais probablement trouvé ça grotesque. Nous nous étions retrouvés dans un bar où l’ambiance était plutôt bonne. J’avais demandé un rhum aromatisé au kiwi pour me mettre en condition. Comme si je pouvais en oublier le goût avec ce que j’engloutissais à longueur de journée. Je suis certain qu’à l’intérieur je commençais déjà à être vert. Je scrutais la salle d’un regard d’arboriculteur, mais rien ne me sautait au visage comme le jus du kiwi quand la petite cuillère dérape.
Et puis il y avait eu Perrine, qui s’était présentée à moi comme une copine d’un de mes potes, qui m’avait parlé de la difficile condition de la serveuse qui fait des extras chez Paul Bocuse, Perrine qui continuait de siroter son quatrième rhum comme si de rien était, l’estomac vide en prime (ce qui lui permettait d’en rajouter sur le job de serveuse). Malgré son côté revendicatif, elle parlait avec douceur, laissait vivre ses cheveux bruns ondulants et ne se dépareillait jamais de son sourire. Pendant qu’elle me parlait, je me demandais si Perrine contenait des pépins. J’étais foutu. Il fallait que je sorte ma petite cuillère.
LNA & G.
illustrations HajaTiana


